28/12/2006

Une trop bruyante solitude

Bohumil Hrabal
Une si brouillante solitudeo

Robert Laffont

Points -


...
Pourquoi Lao-tseu dit-il que naître, c'est sortir et mourir, c'est entrer?
Deux objets emplissent ma pensée d'une admiration toujours croissante
et neuve, la clarté tremblante de la nuit et ce travail qui exige vraiment de
passer par le séminaire, cela me terrifie... J'enfonce le bouton vert, la cuve
se tapisse de vieux papier que j'empoigne à pleines brassées, au fond des
yeux des souris j'aperçois quelque chose de supérieur au ciel étoilé au-dessus
de ma tête, voici que ma petite Tsigane me retrouve dans un demi-sommeil,
et la presse se contorsionne tel un accordeon sous les doigts d'un orphéoniste
j'écarte de ma caisse une reproduction de Jérôme Bosch, je trie les livres cachés
dans leurs nid d'images pieuses, voilà, j'ai choisi la page où la reine de Prusse,
Charlotte-Sophie, dit à sa chambrière :" Ne pleure point, pour satisfaire ta
curiosité, j'irai à présent voir ce que Leibniz lui-même n'a pu m'enseigner,
je vais à la limite de l'être et du néant..."

...
Tout objet aimé est au centre du paradis terrestre, c'est écrit...

22:24 Écrit par Le Samovar JO dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/12/2006

On fera un effort en 2007

en attendant

coucher soleil

 

01:45 Écrit par Le Samovar JO dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/08/2006

un peu de cinéma...

http://rayondesoleil.skynetblogs.be/

 

Toujours la faute des Kims... piquez zur Ela

 

18:33 Écrit par Le Samovar JO dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

16/06/2006

 Louis-Ferdinand CELINE

    VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT 

"Autant pas se faire d'illusions, les gens n'ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c'est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous. Ils essayent de s'en débarasser de leur peine, sur l'autre, au moment de l'amour, mais alors ça ne marche pas et ils ont beau faire, ils la gardent tout entière leur peine, et ils recommencent, ils essayent encore une fois de la placer. "Vous êtes jolie, Mademoiselle", qu'ils disent. Et la vie les reprend, jusqu'à la prochaine où on essayera encore le même petit truc. "Vous êtes bien jolie, Mademoiselle!…"

Et puis à se vanter entre-temps qu'on y est  arrivé à s'en débarasser de sa peine, mais tout le monde sait bien n'est-ce pas que c'est pas vrai du tout et qu'on l'a bel et bien gardée entièrement pour soi. Comme on devient de plus en plus laid et répugnant à ce jeu-là en vieillissant, on ne peut même plus la dissimuler sa peine, sa faillite, on finit par avoir plein la figure de cette sale grimace qui met des vingt ans, des trente ans et davantage à vous remonter enfin du ventre sur la face. C'est à cela que ça sert, à ça seulement, un homme, une grimace, qu'il met toute une vie à se confectionner, et encopre qu'il arrive même pas toujours à la terminer tellement qu'elle est lourde et compliquée la grimace qu'il faudrait faire pour exprimer toute sa vraie âme sans rien perdre.

La mienne à moi, j'étais justement en train de bien la fignoler avec des factures que je n'arrivais pas à payer, des petites pourtant, mon loyer impossible, mon pardessus beaucoup trop mince pour la saison, et le fruitier qui rigolait en coin à me voir compter mes sous, à hésiter devant son brie, à rougir au moment où le raisin commence à couter cher."

 

Quelques citations de Voyage au bout de la nuit

 

L'amour, c'est l'infini à la portée des caniches.

 

Quand on a pas d'imagination, mourir c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop.

 

Le cinéma, ce nouveau petit salarié de nos rêves on peut l'acheter lui, se le procurer pour une heure ou deux, comme un prostitué.

 

Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu.

 

On n'est jamais très mécontent qu'un adulte s'en aille, ça fait toujours une vache de moins sur la terre, qu'on se dit, tandis que pour un enfant, c'est tout de même moins sûr. Il y a l'avenir.

 

ET UNE OPINION…

Le style de Céline est subordonné à sa perception du monde. A travers ce style rapide qui semblerait négligé, incorrect, passionné, vit, jaillit et palpite la réelle richesse de la culture française, l'expérience affective et intellectuelle d'une grande nation dans toute sa richesse et ses plus fines nuances. Et, en même temps, Céline écrit comme s'il était le premier à se colleter avec le langage. L'artiste secoue de fond en comble le vocabulaire de la littérature française.

Léon Trotski, Littérature et révolution

10:03 Écrit par Le Samovar JO | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

13/06/2006

Julian BARNES

        LE PERROQUET DE FLAUBERT

"Six Nord-Africains jouaient aux boules sous la statue de Flaubert. Des claquements secs résonnaient par-dessus le grondement des embouteillages. Avec une dernière caresse ironique du bout des doigts, une main brune lança une boule couleur argent. Elle retomba, rebondit lourdement et décrivit une courbe dans un petit nuage de poussière. Le lanceur resta comme une statue élégante et provisoire : les genoux légèrement pliés et la main droite tendue comme une extase. Je remarquai une chemise blanche et cintrée, un avant bras nu et une tache sur le poignet. Pas une montre, comme je l'avais d'abord pensé, ni un tatouage, mais une décalcomanie en couleur : le visage d'un sage politique très admiré dans le désert.

 

 

LE REQUISITOIRE

Pourquoi voulons-nous connaître le pire? Est-ce parce que connaître le meilleur nous fatigue? La curiosité agit-elle toujours contre notre intérêt? Ou est-ce, plus simplement, que vouloir connaître le pire est la perversion préférée de l'amour?

Pour certains, cette curiosité opère comme une fantaisie sinistre. J'ai eu un patient, un homme respectable, sans imagination, qui m'a avoué que lorsque qu'il faisait l'amour avec sa femme, il aimait se la représenter heureuse, allongée sous des hidalgos farouches, des lascars mielleux ou des nains fouineurs. Choque-moi, réclame l'imagination, épouvante-moi. Pour d'autres, la recherche est réelle. J'ai connu des gens qui, dans leur couple, étaient fiers de la conduite vulgaire de l'autre, de sa vanité, de sa faiblesse. Que poursuivaient-ils? Quelque chose qui à l'évidence, était au-delà de ce qu'ils semblaient rechercher. Peut-être la confirmation définitive que l'humanité tout entière était corrompue de façon indéracinable, que la vie elle-même n'était en fait qu'un cauchemar dans la tête d'un imbécile?

J'aimais Ellen et je voulais connaître le pire. Je ne l'ai jamais provoquée; je restais prudent et sur la défensive, comme à mon habitude; je ne lui posais même pas des questions; mais je voulais connaître le pire. Ellen ne m'as jamais rendu cette caresse; Elle m'aimait – elle aurait dit automatiquement, comme si la question ne valait pas la peine qu'on parle, qu'elle aimait -, pourtant elle croyait sans discuter à ce qu'il y avait de mieux en moi. C'était toute la différence. Elle ne recherchait même pas ce panneau coulissant qui ouvre la chambre secrète du cœur, la chambre où l'on garde les souvenirs et les cadavres. Parfois on trouve le panneau, mais il ne s'ouvre pas; parfois, il s'ouvre et le regard ne rencontre que le squelette d'une souris. Mais au moins on a regardé. C'est là que réside la véritable différence entre les gens : ce n'est pas entre ceux qui ont des secrets et ceux qui n'en ont pas, mais entre ceux qui veulent savoir et ceux qui ne veulent pas. Je soutiens que cette recherche est un signe d'amour."

 

14:27 Écrit par Le Samovar JO | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/06/2006

Laurent GAUDE

   LE SOLEIL DES SCORTA

"Je suis la fille de Rocco, don Salvatore. N’attendez de moi aucune confession. Le pacte entre l’Eglise et les Scorta est rompu. Je vous ai amené jusqu’à ce confessionnal à ciel ouvert parce que je ne voulais pas vous retrouver dans l’église. Je ne voulais pas vous parler tête baissée, avec la voix tremblante des pénitents. C’est un lieu comme celui-là qui convient aux Scorta. Le vent souffle. La nuit nous entoure. Personne ne nous entend que les pierres sur lesquelles ricochent nos voix. Nous sommes assis sur un bois maltraité par les années. Ces planches vernies ont entendu tant de confessions que la douleur du monde les a patinées. Des milliers de voix timides ont murmuré leurs crimes, ont avoué leur fautes, ont dévoilé leur laideur. C’est ici que don Giorgio les écoutaient. C’est ici qu’il a écouté mon père, jusqu’à la nausée, le soir de sa confession. Tous ces mots, don Salavatore, ont imprégné ces planches de bois. Les soirs de vent comme aujourd’hui, je les entends ressurgir. Les milliers de murmures fautifs accumulés au fil des années, les pleurs ravalés, les confessions honteuses, tout ressort. Comme les longues brumes de douleur dont le vent parfume les collines. Cela m’aide, moi. Je ne peux parler qu’ici. Sur ce vieux banc. Je ne peux parler qu’ici. Mais je ne me confesse pas. Parce que je n’attends de vous aucune bénédiction. Je ne cherche pas à être lavée de mes fautes. Elles sont là, en moi. Je les emmènerai dans la mort. Mais je veux que les choses soient dites. Puis je disparaîtrai. Il restera peut-être un parfum dans le vent, les soirs d’été. Le parfum d’une vie qui se mêlera aux odeurs de rocailles et d’herbes sauvages."

12:02 Écrit par Le Samovar JO | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

en chantier!

11:08 Écrit par Le Samovar JO | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |