16.06.2006
Louis-Ferdinand CELINE
VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT
VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT "Autant pas se faire d'illusions, les gens n'ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c'est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous. Ils essayent de s'en débarasser de leur peine, sur l'autre, au moment de l'amour, mais alors ça ne marche pas et ils ont beau faire, ils la gardent tout entière leur peine, et ils recommencent, ils essayent encore une fois de la placer. "Vous êtes jolie, Mademoiselle", qu'ils disent. Et la vie les reprend, jusqu'à la prochaine où on essayera encore le même petit truc. "Vous êtes bien jolie, Mademoiselle!…"
Et puis à se vanter entre-temps qu'on y est arrivé à s'en débarasser de sa peine, mais tout le monde sait bien n'est-ce pas que c'est pas vrai du tout et qu'on l'a bel et bien gardée entièrement pour soi. Comme on devient de plus en plus laid et répugnant à ce jeu-là en vieillissant, on ne peut même plus la dissimuler sa peine, sa faillite, on finit par avoir plein la figure de cette sale grimace qui met des vingt ans, des trente ans et davantage à vous remonter enfin du ventre sur la face. C'est à cela que ça sert, à ça seulement, un homme, une grimace, qu'il met toute une vie à se confectionner, et encopre qu'il arrive même pas toujours à la terminer tellement qu'elle est lourde et compliquée la grimace qu'il faudrait faire pour exprimer toute sa vraie âme sans rien perdre.
La mienne à moi, j'étais justement en train de bien la fignoler avec des factures que je n'arrivais pas à payer, des petites pourtant, mon loyer impossible, mon pardessus beaucoup trop mince pour la saison, et le fruitier qui rigolait en coin à me voir compter mes sous, à hésiter devant son brie, à rougir au moment où le raisin commence à couter cher."
Quelques citations de Voyage au bout de la nuit
L'amour, c'est l'infini à la portée des caniches.
Quand on a pas d'imagination, mourir c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop.
Le cinéma, ce nouveau petit salarié de nos rêves on peut l'acheter lui, se le procurer pour une heure ou deux, comme un prostitué.
Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu.
On n'est jamais très mécontent qu'un adulte s'en aille, ça fait toujours une vache de moins sur la terre, qu'on se dit, tandis que pour un enfant, c'est tout de même moins sûr. Il y a l'avenir.
ET UNE OPINION…
Le style de Céline est subordonné à sa perception du monde. A travers ce style rapide qui semblerait négligé, incorrect, passionné, vit, jaillit et palpite la réelle richesse de la culture française, l'expérience affective et intellectuelle d'une grande nation dans toute sa richesse et ses plus fines nuances. Et, en même temps, Céline écrit comme s'il était le premier à se colleter avec le langage. L'artiste secoue de fond en comble le vocabulaire de la littérature française.
Léon Trotski, Littérature et révolution
10:03 Écrit par Le Samovar JO | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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Commentaires
votre opinion nous interpelle ne soyez pas timides, une phrase, j'aime, j'aime pas, horreur, bonheur...
koi? vous n'avez pas internet?
au 227a chée xl c'est gratos...
Écrit par : Zee | 17.10.2006
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